« Il peut rester en mission sous l’eau entre 1 et 3 mois »

Le planeur sous-marin d’Alseamar, la nouvelle arme fatale de la Marine nationale

Sans hélice ni moteur, les planeurs sous-marins de la pépite provençale Alseamar, quasi-indétectables, peuvent rester en mission plusieurs mois sans être repérés. La Marine nationale et la DGA en ont reçu huit exemplaires, dont plusieurs ont brillé lors d’un exercice de l’Otan en septembre.

est un engin discret, de deux mètres de long et 60 kg, exposé au cœur du stand du ministère des Armées au salon Euronaval (3 au 6 novembre à Villepinte). Avec sa longue antenne et sa forme fuselée, le SeaExplorer 1000, développé par la pépite française Alseamar (groupe Alcen), ressemble, à première vue, à un simple drone sous-marin. Il n’en est rien : l’engin est en fait un planeur sous-marin (« underwater glider », en anglais). En clair, un appareil, qui se déplace, à l’inverse d’un drone, sans moteur ni hélice, limitant ainsi drastiquement sa signature thermique et acoustique.

Comment fonctionne l’appareil ? Le planeur gère sa plongée avec un système de ballasts, ce qui lui donne une trajectoire en dents de scie, avec des montées et de descentes successives. Il gère sa direction avec ses ailettes à l’arrière, qui lui permettent de virer à gauche ou à droite. Le planeur SeaExplorer 1000 peut ainsi descendre jusqu’à 1000 m de profondeur. « Il peut rester en mission entre un et trois mois, selon le poids des charges utiles intégrées », indique Paul Jacquot, commercial France chez Alseamar.

Huit planeurs livés à la Marine nationale et la DGA

Longtemps utilisés essentiellement pour des missions scientifiques ou environnementales, les planeurs sous-marins intéressent désormais de plus en plus de marines militaires dans le monde. La Marine nationale a commandé cinq SeaExplorer 1000, qu’elle a reçus en décembre 2025, et qui sont désormais opérationnels au sein de la Force d’action navale (FAN). La Direction générale de l’armement en a commandé trois, livrés également.

Les planeurs n’ont pas tardé à entrer en action. Quatre des engins de la Marine ont été déployés lors du dernier exercice de robotique navale de l’Otan, Repmus 2026, organisé au Portugal du 29 août au 25 septembre. « Pendant près de deux semaines, ce détachement a participé à (…) un véritable affrontement de drones navals interalliés au cours de 17 exercices puis 48 heures de LIVEX (expérimentations en direct) 100 % dronisés, indiquait la Marine nationale le 30 octobre. Les gliders de la FAN ont ainsi été pilotés en autonomie par les marins français dans des scenarii opérationnels exigeants contre d’autres types d’UUV (drones sous-marins) capables de simuler un sous-marin de manière crédible pour la détection active et passive. »

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L’expérimentation a été couronnée de succès, assure la Marine. « Les 4 gliders français ont démontré leur capacité à s’intégrer au sein d’un barrage ASM (anti-sous-marin) interallié, en coopération avec d’autres types de drones sous-marins, mais également des drones de surface équipés de sonars et des drones aérien équipés de capteurs de lutte anti-sous-marine », explique la Marine. Les planeurs ont aussi pu détecter et transmettre l’ensemble de la situation tactique des moyens de l’Otan, preuve de leur efficacité de détection.

Alseamar dans les leaders mondiaux

Cet exercice a confirmé le potentiel des planeurs sous-marins. Très endurants et difficilement détectables, ils peuvent servir de capteurs déportés, loin des bâtiments qui les déploient, pour détecter au plus tôt les sous-marins adverses, bâtiments russes en tête. Ces engins pourraient ainsi sécuriser la « dilution » des sous-marins lanceurs d’engins français lors de leur sortie du goulet de Brest, c’est-à-dire disparition dans l’immensité de l’océan. Ils pourraient également repérer les submersibles adverses qui s’approcheraient un peu trop près du porte-avions.

Le développement de ces planeurs sous-marins n’est pas un sport de masse. Les rivaux les plus sérieux d’Alseamar sont l’américain Teledyne, dont les Slocum équipent de nombreux instituts de recherche océanographique et l’US Navy, et le norvégien Kongsberg, qui produit sous licence des planeurs développés par l’université de Washington.