Rafale M et porte-avions légers : une vraie concurrence pour le F-35B ?

À la mi-février, La Tribune a évoqué la possibilité que le contrat en cours de négociation pour l’achat de 114 Rafale destinés à l’armée de l’air indienne soit suivi par un autre portant sur l’acquisition de 31 Rafale supplémentaires pour la marine indienne, qui a déjà commandé 26 appareils auprès de Dassault Aviation. Parallèlement, on observe un certain nombre de réflexions de la part de plusieurs marines régionales qui entendent se doter de nouvelles capacités aéronavales embarquées, bien souvent via l’intégration de porte-drones, mais aussi à travers certains projets assez sérieux de porte-aéronefs. Jusqu’à présent, le Lockheed Martin F-35B à décollage et atterrissage vertical était vu comme la seule option pilotée envisageable pour équiper de tels navires. Mais l’arrivée de Rafale M à bord de porte-aéronefs indiens dépourvus de catapultes va-t-elle permettre de redistribuer une partie des cartes en faveur de l’avion français ?

En avril 2025, la marine indienne passait officiellement commande pour 26 Rafale français : 4 Rafale biplaces basés à terre, et 22 Rafale M destinés à être embarqués sur porte-avions. Cependant, le besoin initial de l’Indian Navy, exprimé à travers le programme MRCBF (Multi-Role Carrier Borne Fighter, chasseur multirôle embarqué), était de 57 chasseurs bimoteurs embarqués. Le programme MRCBF a cependant vu sa voilure réduite à 26 appareils, officiellement pour n’en faire qu’une solution intérimaire en attendant l’arrivée d’un chasseur embarqué furtif national (le TEDBF), officieusement parce que l’achat d’un second porte-avions de conception national, l’IAC-2, se voyait reportée de plusieurs années.

Les deux porte-avions STOBAR indiens naviguant de concert. Au premier plan, l’INS Vikrant ; au second plan, l’INS Vikramaditya. L’Indian Navy a acheté 45 MiG-29K pour armer ses porte-avions, mais ces derniers vont être – partiellement ou totalement – remplacés par des Rafale M.

Pour l’heure, l’Inde dispose en effet de deux porte-avions STOBAR (Short Take Off But Arrested Landing), autrement dit des navires dépourvus de catapultes mais équipés d’un tremplin, comme un porte-aéronefs, ainsi que de brins d’arrêts, comme un porte-avions. Ce type de bâtiment peut ainsi mettre en oeuvre à la fois des avions à décollage vertical et des avions à décollage conventionnel, même si l’absence de catapultes ne permet pas d’opérer ces dernier au maximum de leurs capacités d’emport. Développé, dans sa version moderne, par l’Union soviétique, le porte-avions STOBAR s’est ensuite imposé comme un standard en Russie puis en Inde et en Chine, utilisatrices d’avions embarqués d’origine russe.

Au sein de l’Indian Navy, le premier porte-avions, l’INS Vikramaditya, est en ancien croiseur porte-aéronefs russe (l’Amiral Gorshkov) reconverti en porte-avions STOBAR de 45.000 tonnes. Lors de sa reconstruction, il a été taillé sur mesure pour la mise en œuvre de chasseurs MiG-29K, qui rencontrent de nombreuses difficultés au service de l’Indian Navy. Le second, l’INS Vikrant (IAC-1) est un porte-avions STOBAR de 45.000 tonnes récent, entré en service en 2022. C’est à lui que sont destinés les 22 Rafale M indiens, en attendant une hypothétique commande d’un troisième porte-avions, l’IAC-2.

Or, courant 2025, alors que l’acquisition de Rafale M par l’Inde se confirmait, l’Indian Navy affermissait ses plans concernant sa flotte de porte-avions. L’objectif pour la marine indienne est désormais de lancer la commande son troisième porte-avions, l’IAC-2, en 2026 ou en 2027. Mais l’hypothèse est désormais évoquée d’utiliser l’IAC-2 pour remplacer le Vikramaditya qui souffre de problèmes de disponibilité de plus en plus sévères, et non pas pour porter la flotte totale de porte-avions indiens à trois unités.

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